Pour une écriture féministe

Contrairement à ce que prétend notre grammaire, le masculin n’est pas neutre ; il désigne le sujet comme évidemment masculin, depuis une vision du monde qui est celle des hommes. Le féminin doit être systématiquement spécifié afin de faire entendre celle des femmes. Preuve, s’il en est de la non neutralité du masculin !

Ce détail n’est pas simplement un détail de grammaire : pensons à toutes ces petites filles qui apprennent leurs conjugaisons avec un féminin qui n’apparait que comme une alternative secondaire, qui apprennent à lire à partir de descriptions, d’exemples et de modèles où le sujet féminin est absent… ou entre parenthèses, spécifié, quand il l’est, seulement pour illustrer une velléité de parité sexuelle  !

Quelques personnes soucieuses d’une prétendue égalité des sexes prennent de plus en plus l’habitude de mettre le féminin entre parenthèses ; il me semble que c’est une erreur : cela entérine la dévalorisation que subissent les femmes. Le féminin n’est pas une rupture ni un détour. Il est partie intégrante de la pensée qu’énonce la phrase.

C’est avec les mots, ordonnés en phrase, que nous construisons notre pensée, notre perception du monde, et aussi celle que nous avons de nous-mêmes, le sentiment de notre identité et de notre valeur. Il est important de les choisir et de les placer… arrêtons d’être reléguées systématiquement à la seconde place ! Osons, nous mettre en avant.

Je propose donc, autant que nous y pensions et que nous le puissions :

D’énoncer systématiquement le féminin en premier :

Les femmes et les hommes, les filles et les garçons, elle ou il…

De renoncer aux parenthèses et d’écrire préférentiellement en notant le féminin :

Tout-e-s les membres de l’assemblée, tout-e-s les participant-e-s

De parler des humains et non plus des hommes, terme restrictif entretenant la confusion. A chaque fois que je l’entends, j’ai l’impression que le locuteur oublie une moitié de l’humanité !

De parler des femmes et non de la Femme (avec un grand F ; idem pour les hommes) car c’est enfermer les femmes dans une identité universalisante et naturalisante qui dissout la multiplicité des singularités, des sujets, des vécus, des appartenances culturelles, historiques, sociales. Comme si les femmes étaient toutes identiques à une nature « féminine » inchangée et inchangeable !  Ce  qui dénie la possibilité de toute émancipation.

Les femmes ne sont pas seulement des mères et des filles, elles sont aussi des auteures, des ouvrières et des employées, des maçonnes, des artisanes ou des commerçantes, des joaillères, des tailleuses de pierres, des directrices, des avocates, des présidentes… autant d’activités qu’elles exercent aussi brillamment que les hommes. Et pensons à signaler que nous avons parfois affaire à une médecin, une ministre tout comme une secrétaire de direction mais qui peut aussi être d’état.

Je voudrais pouvoir étendre ma révolution orthographique jusqu’à réformer cette règle inique qui prétend que le masculin l’emporte sur le féminin, même quand l’assemblée est réduite à un seul homme parmi des femmes…

Notre culture occidentale, dont la culture française, est prétendue être celle de la libération des femmes ! Poussons là, à aller au bout de cette libération et émancipons notre grammaire française, de son genre réducteur. Que la place soit faite, dans notre société et dans notre pensée, au féminin et aux femmes.

 

 

Petite leçon de grammaire ou le genre expliqué aux enfants

Cours de C.E.2. le genre des noms :

Tous les noms ont un genre : masculin ou féminin (respecter l’ordre). C’est le déterminant placé devant le nom qui indique le genre (et non l’inverse)

Les noms sont au masculin quand ils sont précédés de : un, le, mon, ton, son, ce cet.

Les noms sont au féminin quand ils sont précédés de : une, le, ma, ta, sa, cette.

Souvent les noms féminins se forment à partir du masculin en ajoutant « e » au masculin : un ami, une amie.

Parfois, la terminaison change ; un agriculteur, une agricultrice

Quelle limpidité ! Tout comme Eve est sortie de la côte d’Adam… Le féminin est une spéciation du masculin dont il est déduit.

Pour en arriver finalement à :

Mais quelquefois, le féminin est différent du masculin : un garçon, une fille.

Car le genre dissimule la différence des sexes ; spécifier, discriminer, différencier pour mieux hiérarchiser.

Grammaticalement exact, mais c’est le cadre qui est donné pour nous exprimer, penser le monde, nous penser.

A méditer…