du travail des femmes et de leur rémunération

Une accusation infamante court ces derniers jours contre l’un de nos éminents hommes politiques, en campagne présidentielle : l’accusation d’emploi fictif, au bénéfice de son épouse.

Emploi fictif ? Vraiment ?

Si l’on examine les faits, dans la mesure de ce que le grand public en connaît au travers de ce que nous en disent les médias, l’accusation est bien exagérée !

Car travail, il y a bien !

Qu’a fait cette femme sinon rendre la plupart des services que la plupart des épouses rendent à leurs époux : l’écouter, le conseiller, parfois le représenter, assurer sa logistique domestique, élever ses enfants, recevoir ses amis, ses collaborateurs, servir sa carrière, de jour comme de nuit sans jamais compter ses heures… dans l’ombre et le déni de tous puisque d’aucuns prétendent ne l’avoir jamais vu travailler ! Tout cela n’a rien de fictif pourtant et il est fort à parier que sans une épouse aussi dévouée, son époux n’aurait pas fait cette carrière politique ! Nous devons donc nous réjouir qu’un homme, enfin, reconnaisse le mérite de son épouse et la rémunère à un niveau de salaire qui prend en compte la qualité de ses diplômes, de ses compétences, l’astreinte quotidienne et la complexité de la tâche qu’elle a remplie pour lui, à ses côtés.

Je regrette un peu que nous n’entendions pas cette femme défendre mieux son travail ! Il y a plus que de la noblesse et du dévouement, mais une exemplarité qui devrait servir de modèle à tous nos hommes politiques et particulièrement à son époux. A quand le passage du mode expérimental à l’extension générale ? Car c’est bien toutes les femmes qui méritent la rémunération de cette dame et je suis étonnée qu’il n’ait pas pensé à proposer cette mesure dans son programme politique !

Le Salaire Féminin, c’est mieux que le Revenu Universel et cela s’accorde si bien avec la pensée de sa famille politique : en versant un salaire aux femmes, plus besoin pour elles de travailler sur le marché du travail : elles rentrent à la maison, grâce à un revenu honnête et élevé, elles contribuent à l’entretien du foyer. Cela résout le problème du chômage et plus besoin de ses petits emplois précaires d’A.V.S, puisque s’occupant déjà des enfants, elles pourront aussi s’occuper des vieux et des handicapés de leur famille. De plus, touchant une rémunération élevée, si la charge de travail est excessive, elles pourront embaucher facilement une aide, une jeune fille en apprentissage de son métier d’épouse par exemple !

Grâce au Salaire Féminin, les femmes retrouvent leur destination naturelle au sein du foyer, les hommes peuvent travailler, dégagés des soucis domestiques, dans la sphère publique qui leur est naturellement dédiée. Les problèmes d’identités qui rongent ces messieurs disparaissent en même temps qu’ils retrouvent leur autorité paternelle et patriarcale ; l’ordre familial est retrouvé. En étant à la maison, Les femmes se déplaceront moins en automobiles et émettrons moins de CO2 et de particules fines ; elles pourront cultiver leurs jardins, se remettre à la couture donc là aussi, moins de transports pour l’acheminement de nos aliments ou de nos vêtements et autres menus objets : ainsi, nous respectons nos engagements de la COP 22 en plus d’aider à rétablir notre balance commerciale ! Et la santé sera elle aussi améliorée, puisqu’elles pourront mijoter de bons petits plats et n’auront plus recours à l’alimentation industrielle bourrée de sucres, de gras, de nano particules, d’OGM, d’huile de palme…

Un monde dont certains rêvent !

Le soin de beauté

Mesdames !

Vous souffrez d’un coup de cafard à l’idée du repas de fêtes qu’il va falloir préparer pour recevoir quinze personnes, d’une petite dépression parce que votre conjoint sera bien trop occupé pour vous aider et de toutes façons, il n’y connaît rien en cuisine. A moins que ce soit d’une grave maladie, d’un trou dans le budget, de la solitude au long court, des enfants qu’il faut élever seule, du chômage, d’un divorce ? On vient de vous expulser ? Votre compagnon vous a frappé ? Votre banque a bloqué votre compte ? J’en oubli sans doute…

Pour tous ces petits ennuis de la vie, nous avons la panacée :

Le soin de beauté !

Parce que, malgré toutes ces petites misères, vous le valez le bien !

Quel meilleur cadeau peut rêver une femme ? Par la grâce d’un soin, accéder à la beauté ! Nous en rêvons toutes ! Imaginez : c’est une autre femme qui est à votre service et non plus vous au service de quelqu’un ! Votre peau lissée par un massage doux du visage, après un masque frais au concombre et un soin exfoliant ! Votre cheveux soigneusement lavé et votre cuir chevelu lui aussi massé. Une petite couleur, une petite coupe, un bon brushing, un maquillage choisi avec discernement pour s’accorder avec votre teint, les rides gommées par une crème hors de prix ! Vous voilà rajeunie de dix ans… et devenue une autre personne ! Une battante, une gagneuse, triomphante de sa beauté glorifiée… vous vous regardez dans la glace. On vous dit que vous êtes belle. Vous aimez à le croire car pour une femme, n’est pas cela l’essentiel ?

Dehors, il fait gris et froid. On n’a pas pensé à changer votre veste, un peu trop usée qui ne tient plus assez chaud, ni vos chaussures dont vous avez déjà recollé deux fois la semelle pour les faire tenir… pour cela, il y a les restos du cœur ou la Croix Rouge… Mais vous vous êtes fait plaisir. En cette matière, mieux vaut compter sur soi que sur les autres ! Sous le fond de teint, ce n’est pas seulement les rides que l’on a camouflées, mais toutes les petites et grandes misères de votre vie. Vous vous êtes offerte le cadeau rêvé de toutes les femmes : un soin de beauté ! Et ne commencez pas à faire la difficile parce que, en fait, vous rêviez d’une nouvelle paire de chaussures, bien chaude, ou d’un VTT flambant neuf ! Que  vous auriez aimé qu’on vous garde les enfants pour vous offrir une séance de cinéma. ou un repas entre copines. Que votre truc, c’est les livres et que vous n’en avez rien à faire de votre coupe de cheveux. Ces pensées là sont le signe qu’une profonde dépression ! Alors soignez vous, donc justement, le soin de beauté !

Pour une femme, être féminine, bien mise, coiffée, maquillée, épilée, n’est-ce pas essentiel ! Le regard de l’autre, un homme de préférence, doit pouvoir vous confirmer par son appréciation, que vous êtes une femme, désirable, jeune, belle. C’est à l’aune de ce jugement que vous retrouverez votre valeur et l’estime de vous-même. Tout ce que vous aurez réalisé hors de ce champ ne vaut rien, ou si peu, et si vous avez passez l’âge, un bon lifting fera l’affaire…

Ne soyons pas trop ambitieuses dans nos cadeaux et nos rêves, même si au fond de nous-même, ce que nous désirons toutes et tous, n’est-ce pas un monde meilleur, plus juste et plus égalitaire où les femmes rêveraient d’autre chose qu’un soin de beauté ?

Une radio à écouter

Qui sont « Lilith, Martine et les autres »?

Lilith, c’est la femme diaboliquement mythique; Martine, la petite fille parfaite des livres pour enfants. Et « les autres »… ben c’est nous!! Notre collectif crée des émissions en direct, depuis 2008, un vendredi sur deux en alternance avec « On est pas des cadeaux » à Lyon, dans les studios de Radio Canut 102.2 FM.

https://blogs.radiocanut.org/lilithmartineetlesautres/author/lilithmartineetlesautres/

et plus particulièrement  :

https://blogs.radiocanut.org/lilithmartineetlesautres/2016/11/13/le-clitoris-ca-te-dit-quelque-chose/

Des adolescentes aux prises avec le genre

Et oui ! mieux vaut tard que jamais…

J’ai enfin réussi à faire publier la seconde partie de ma thèse :

Cinq femmes racontent comment elles ont vécues les changements de l’adolescence. Ces récits, recueillis parmi d’autres dans le cadre d’une recherche doctorale, observent les processus de construction identitaire d’adolescentes aux prises avec le genre, la diversité des interprétations que ces femmes en ont données et les stratégies qu’elles ont trouvées pour devenir elles-mêmes, singulièrement.

Prises dans le genre, parfois avec violence, chacune fait des choix, oscillant en permanence entre la souffrance nécessaire au processus identitaire de séparation, de différenciation et d’individuation, et le bonheur de retrouver un sentiment de complétude et d’intégrité.

L’analyse de leurs récits croise les corpus théoriques, sociologiques et psychanalytiques. Elle permet de découvrir les stratégies de défense et de préservation de soi, de conquête de leurs positions de sujet, d’intégration au sein de leur société. Comment ces femmes répondent aux attentes et aux désirs des autres, de ceux qu’elles aiment ou qui leur manquent, des hommes et des femmes familières à qui elles sont attachées, dont elles dépendent, dans une structure où la domination masculine s’impose à elles sous forme de figures incarnées aux prises avec le système de genre ? C’est ce que nous tentons de découvrir.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51663

Pour le commander ou mieux, chez Votre libraire de quartier…

 

Pantalons, voiles, burkini, la suite…

Pour répondre (un peu tard) à votre commentaire qui chatouilla mon entendement.

En préambule, cet article sur le burkini, fut écrit sous le coup de la colère : encore une interdiction que l’on tentait de faire à des femmes, sous peine d’exclusion ! Court et incisif, il appelait à la réflexion mais n’était point construit selon les prérequis et la distance d’un article plus réfléchi et travaillé. (Celui-ci non plus, d’ailleurs ! Ce n’est pas vraiment le but de ce blog.)

Je tiens donc à rectifier l’impression que j’ai pu donner selon laquelle il y aurait le présupposé que le vêtement que l’on porte n’a pas de signification !

Evidemment que tout vêtement a une fonction plus complexe que celle très simple, de nous protéger des intempéries : il nous protège aussi et principalement du regard des autres ! Il participe de notre personnalité, du masque que nous enfilons pour nous montrer aux autres et ne pas leur apparaître nues et vulnérables et en cela, il nous aide à lui envoyer un message, le plus souvent trompeur, en tout cas derrière lequel nous nous dissimulons et nous essayons de paraître plus ou mieux que ce que nous sommes.

Quand je mets ce tailleur trois pièces, je joue à la femme d’affaire, quand je porte ma petite robe noire chaussée de fines ballerines, je vise l’élégance sobre et classique, quand j’enfile un soutien gorge pigeonnant sous une robe de dentelles moulantes et que je me juche sur des talons de vingt centimètres, je m’adresse à ces messieurs-dames, et « si je me fais violer à minuit, en sortant de boîte », je l’aurais cherché, penserons certains…

Lorsque je porte un voile ou un burkini, je dis évidemment des choses de mon identité, de ma religion de mon appartenance culturelle mais ce quelque chose ne peut être réduit à moi car quelque soit le vêtement que j’enfile, je suis bien plus que cela.

Enfin s’il y a sens ou signification, message, je ne m’adresse pas qu’à moi-même mais bien aux autres en leur signifiant quelque chose de ce que je voudrais paraître à défaut de l’être. Les humains sont avant tout des individus sociaux et le sens que je donne à mon pantalon, ma petite robe ou mon burkini n’est pas seulement celui là, il est aussi celui que l’autre recevra et lui donnera, l’interprétation qu’il en fera, qui peut être plus au moins proche de ce que j’aurais voulu signifier et plus au moins multiple, car je m’adresse autant à la société dans son ensemble qu’à ma communauté culturelle ou plus étroitement familiale… et parfois j’oublie que le signale que j’envoie n’est pas reçu que par son seul destinataire mais par une multitude, ce qui engendre autant de malentendu !

Alors oui, en ces temps où l’Islam est devenu un sujet politique brûlant, voile et burkini sont des signaux qui peuvent être sur-interprétés comme des provocations… d’ailleurs, être musulman en France, aujourd’hui, cela ne devient-il pas une provocation ? Doit-on se condamner à l’invisibilité ? Ou changer de personnalité et de religion ? Est-cela que l’on demande aux musulmans aujourd’hui ? Sont-ce les musulmans qui ne s’intègrent pas à notre société ou bien notre société qui ne parvient pas à les intégrer dans son tout ? En quoi les musulmans, sont-ils si différents, autres, que les « simples » français, les vrais, ceux de souche, ou pas… car quelle famille française n’a pas une ascendance dite étrangère? Russes, espagnols, italiens, portugais, juifs… dont on oublie qu’il s’agit d’une religion et non d’une nationalité… comme les musulmans !

Je fais comme s’il n’y avait pas eu d’actes terroristes menés par des individus massacrant au nom d’Allah. Mais avant d’être musulmans, la caractéristique de la plupart de ces fous de dieu n’était-elle pas d’être français ? Ces actes ne disent-ils pas plutôt quelque chose de l’état de notre société aujourd’hui et non simplement des musulmans ? N’est-ce pas cela qu’il faudrait interroger ?

Nos valeurs fondatrices sont manifestement mises à l’épreuve : liberté, égalité, fraternité, en l’occurrence, il s’agit plutôt de sororité, et leur appendice, la laïcité qui n’interdit pas, contrairement à une mauvaise interprétation, l’expression de toute religiosité dans l’espace public, mais au contraire en garantit la libre expression. A penser que le voile ou le burkini soient des signes religieux, ce qui se discute très doctement. En tout cas, je constate que l’on est plus libre de porter certains vêtements, qui ont une signification comme tous vêtements, que d’autres : qu’on supporte l’arrogance de la grande bourgeoise en tailleur Chanel, sac Louis Vuitton et foulard Hermès (c’est vrai que l’on en croise peu au coin de la rue !), mais que la petite musulmane en burkini doit quitter la plage. Dans le même temps, on fait l’apologie de la haute couture française, principale industrie exportatrice, en oubliant sur quel système radicalement inégalitaire elle repose, en total contradiction avec nos valeurs affichées. Une telle schizophrénie à de quoi perturber les esprits les plus solides !

Que nous dit-elle, cette musulmane : quelle tente de respecter sa religion et la « pudeur » imposée, tout en profitant des plaisirs de la plage ! Qu’elle n’a pas peur d’afficher son appartenance religieuse ou culturelle ? Je pense surtout qu’elle a cédé bêtement à une mode coûteuse et voyante alors qu’elle aurait put enfiler un tee-shirt à manches longues et une paire leggings ; il n’y aurait pas eu de connotation dite « ethnique » ! Et tout ce tralala médiatique… quand à l’inventrice de cette tenue, en ce monde capitaliste qui élève le Profit comme sa valeur suprême, elle se frotte les mains en encaissant les recettes qu’elle doit à une publicité inattendue et tapageuse.

Pantalons, voiles, Burkini…

Il y a quelques mois, l’assemblée nationale a abrogé la loi du 26 brumaire de l’an IX interdisant le port du pantalon aux femmes.

La loi du 15 mai 2004 interdit les signes religieux à l’école ; mais ce qui était visé et faisait débat était le port du voile par les jeunes filles.

Le 11 avril 2011, la loi du 20 octobre 2010 interdisant le port du voile intégrale entrait en vigueur.

En juillet 2012, c’était une députée française qui créait une polémique en se présentant à l’Assemblée nationale vêtue d’une robe.

Aujourd’hui on discute ardemment du port du burkini par les femmes sur les plages ; les hommes politiques sont à la pointe du débat.

On le comprend, le vêtement féminin est un objet éminemment politique. A chaque fois, ce sont des hommes, quasi essentiellement, qui débattent à plus fin sur ce qui couvre les corps des femmes.

Et prétendre que c’est au nom de notre émancipation que l’on veut nous interdire le port de certains vêtements est une grosse plaisanterie ! Car derrière le ridicule de ce débat, c’est non seulement une nauséabonde campagne contre une partie du peuple français qui est orchestrée, mais aussi l’éclatant témoignage que les femmes restent les otages des hommes, manipulées, utilisées, appropriées, objets de leurs manœuvres politiques les plus viles.

Harcellement sexuel et identité féminine

Comme on dit aujourd’hui, cela a fait le « buzz » mais à l’heure où je m’apprête à boucler cet article, le soufflet est retombé !
Nous sommes retournées à notre miroir, pour redessiner d’écarlate notre bouche, ombrer nos paupières de couleurs… Le maquillage n’est-il pas à l’origine l’outil des comédiens leur permettant de devenir un autre personnage qu’eux-mêmes ? Que signifie cette pratique quand elle est devenue quotidienne ? Qui cherchons nous à être chaque matin ? Faux-self ! Vrai masque ? Paraître une autre que celle que nous sommes et nous perdre à devenir celle-là ? Désirable avant même d’être désirée. Tout est dans le suffixe : digne d’être désirée. Quand « moi » n’est pas digne de l’être, il doit paraître un autre…
Mais soudain, catastrophe ! Certaines d’entre nous se font prendre pour ce qu’elles ont appris à paraître, féminines, désirables, objets sexuels. Violence d’autant plus forte et injuste que nous en sommes en partie responsables ! Et que nous sommes punies d’avoir tenté d’être celles qu’on nous a prescrit d’être !
Comment se plaindre d’être prise pour ce que l’on doit être et que l’on a fait tant d’efforts pour paraître ?
Elles n’avaient pas à être là, dans ce lieu, dans cette fonction, et tout ce tralala féminin attirant, sur le passage de cet homme.
Comment se plaindre d’être ce à quoi l’on nous a destiné ? Il nous a pris comme son objet.
Nous plaidons l’émancipation, mais nous oublions que toute émancipation passe par la métamorphose du sujet ; d’aliéné, il doit devenir libre. Le changement est radical. Nous prétendons au droit à l’égalité mais nous nous accrochons aux défroques de notre esclavage. C’est pourquoi lorsque nous abordons la question de la différence, nous nous prenons les pieds dans le sarouel, le foulard, la robe, la jupe… Nous ne voulons pas renoncer à ce que nous imaginons devoir être.
Différence de sexes. C’est « naturel ». Homme, Femme. Qui aurait l’idée insensée de nier la différence ?
Mais alors, si nous le sommes tant que cela, pourquoi s’accrocher avec autant d’ardeur et de conviction à notre « féminité », ou notre « masculinité » ?
Simone de Beauvoir écrivait « on ne nait pas femme, on le devient »… Avons nous réfléchi au sens de cette affirmation et à ses implications sur notre identité… de femme ?
Bomber nos seins idéalement rembourrés, aussi appelés « boobs » par la gente masculine, un jolie petit nom très éloquent, en leur donnant encore plus de punch à l’aide d’artifices de la mode genre « wonderbrass », balconnets ou même implants… Se hisser sur des talons ce qui permet de relever le mollet et arrondir la fesse… invitation à l’emprise d’une main ? Ceinturer les hanches pour en souligner la largeur en contraste avec la taille qui se doit d’être plus étroite. L’idéal étant le sablier, non la colonne ou le boudin, autre charmant qualificatif auquel nous avons parfois droit quand nous nous éloignons un peu trop du canon.
A quoi servent maquillages, peintures et autres ravalements, sinon à nous rendre attractives ? Autres que nous-même ? Posons nous la question sur ce que nous faisons tous les jours lorsque nous enfilons nos collants et nos escarpins ?
C’est joli ! Il faudrait y renoncer ?
Je suis jolie ! Il faudrait y renoncer ?
Je suis désirable ? Il faudrait y renoncer ?
Sensation de l’étoffe fluide qui caresse notre corps, de l’effet dans le miroir que confère la petite robe à notre silhouette. Je me fais plaisir. Mais quel est ce plaisir ? Désirée ou être désirée ? Erotisation du regard de l’autre introduit en moi et qui me prescrit ce que je dois être, à quoi je dois paraître. Rassurée, aussi, de confirmer l’attente que l’on a de moi, de me sentir ce que je dois être, conforme à une représentation, une image, un modèle ou un idéal : une femme.
Nous voilà prises au piège : notre éducation à la féminité, le plaisir du jeu, de l’entrainement, des gestes répétée, de ceux de la mère épiés dans la salle de bain à ceux des copines avec lesquelles nous avons partagé des parties de rires lorsque nous avons appliqué avec maladresse nos premiers mascaras, échangé tampons et pilules. Complicité et culture féminine, échange et partage, entre-soi, autant de façon d’être, de faire, de penser et d’expériences qui forgent nos identités. Parties de shopping et d’essayages, épilages et soirées pyjamas à échanger nos secrets de beauté ou nos peines de cœur. La fierté que nous avons ressentie lorsque notre mère, notre père, notre frère, notre oncle, nous ont gratifiées de leurs compliments. Des seins qui pointent sous le tee-shirt, un maquillage arboré comme l’étendard de notre féminité nouvelle. Nous avons même appris à tricher avec nos souvenirs car en réalité, la plupart d’entre nous a plutôt ressenti de la confusion, de la honte, de la gène, d’être ainsi prises dans le regard appréciateur de ceux qui nous jaugent à l’aune d’une féminité idéale que nous savons intimement inatteignable. Nous voilà enfin femme ! Erotisation de la féminité, gratification sociale et psychique, reconnaissance de notre identité.
Il faudrait renoncer à cela ?
Difficile, car nous accompagne la culpabilité, et le sentiment d’incapacité, d’indignité. Si nous sommes toutes et tous particulièrement et individuellement désirés et désirants, la certitude d’être désirable est beaucoup plus fragile puisqu’elle est de l’ordre de l’imaginaire, du fantasme. Malgré tous les artifices de la féminité, nous savons que nous ne serons jamais la Femme Idéale car le réel est bien trop résistant et complexe pour se laisser réduire à un idéal. Nous savons que la féminité est un leurre. Et c’est ainsi qu’avec une fatale avidité nous tentons de combler notre manquement, voir notre manque. Plutôt que de conquérir le monde, nous conquérons le regard des hommes et nous nous perdons dans le gaspillage de notre créativité. Pendant que nous passons notre temps à penser à la nouvelle robe que nous venons d’acheter, au maquillage que nous venons d’appliquer, que notre jean trop étroit emplit notre pensée par la gène qu’il nous cause, que nous nous appliquons à marcher droit avec nos talons de 10 cm, nous ne faisons pas d’autres choses ! Surtout, nous ne nous aventurons pas sur des territoires que, de fait, nous nous interdisons. Nous n’inventons pas d’autres façons d’être nous-même.
Nous sommes addict à cette féminité à laquelle nous ne voulons pas renoncer mais qui est l’un des instruments les plus habiles de la domination masculine puisqu’elle est une composante essentielle de ce que nous croyons être notre identité.
Aujourd’hui, l’on parvient même à nous faire croire que notre féminité est féministe et d’autant plus recommandée qu’elle s’intègre dans notre société capitaliste ! Des produits d’hygiène aux produits de beauté, en passant par les vêtements et les accessoires de mode, sans oublier tous les soins médicaux, chirurgicaux, et les médicaments et autres drogues qui vont avec. Un marché très profitable. Et nous voilà conviées à nous vautrer dedans. Nous finissons par y croire car à force de penser à la nécessité impérative de notre féminité, nous oublions de penser à autre chose et nous investissons notre puissance créatrice dans le travail de notre féminité.

Nous croyons que parce que des lois instaurent la parité dans le monde professionnel ou politique, nous sommes libres et égales ! Libres de quoi ? Egales à quoi ? La réalité nous inflige chaque jour le contraire. Un tiers de l’Assemblée Nationale est constituée de femmes. Est-ce la parité ? Et lorsque qu’une femme paraît dans sa petite robe à fleurs, elle se fait tailler tant sa présence est incongrue ici, parce que siffler une jolie femme est une reconnaissance de sa féminité, de la part d’un homme… Mais elle l’a momentanément oublié ; il fallait lui rappeler ! Dans le monde professionnel, nous constatons bien qu’il y a des métiers féminins, moins bien rémunérés et des métiers masculins, correspondant à des filières de formations, elles aussi sexualisées. Et lorsque hommes et femmes occupent des postes ou des fonctions similaires, elles sont toujours moins payées.
Vous avez dit parité ? Vous continuez à croire à l’égalité ?
Avons nous bien réfléchi à la signification de ce qu’est une femme publique, par opposition à un homme public ? Il suffit de consulter un dictionnaire pour constater que cette différence est toujours actuelle !
Je dirais cruellement que certaines en mesure physiquement la différence, qui est bien celle des sexes.
Quel est le sens premier de la fraternité républicaine ? Elle ne concerne que les hommes entre eux et s’assoie sur la soumission des femmes et leur confinement dans la sphère privée. L’espace public est celui des hommes ; nous n’avons rien à y faire et on nous le rappelle abruptement.
Nous, les femmes, tentons de nous introduire dans le monde politique. Mais, est-ce bien à nous de nous introduire, dans un monde sous domination masculine ? Notre identité de femme ne fait-elle pas de nous, de fait, des victimes et coupables, responsables de leur agression parce que nous avons enfreint un interdit, celui d’être là où nous ne devons pas être parce que nous sommes des femmes, cette identité même que nous revendiquons par ailleurs ? Il me semble que c’est bien le cœur du problème : notre culpabilité essentielle contre laquelle nous luttons difficilement puisqu’elle est justement essentielle. Et au final, la culpabilité nous fait accepter la soumission : c’est la reconnaissance de l’ordre établi qui nous juge.
Il faudrait que nous remplacions au fronton de nos monuments républicains Fraternité par Parité.
Il faudrait que nous cessions de croire que les hommes qui continuent à faire les lois nous accordent généreusement l’égalité, une place dans leur monde.
Il faudrait que nous fassions de ce monde le notre aussi. Les hommes ne changeront de comportement que si nous changeons les nôtres. Identité féminine et identité virile sont les deux faces d’un même système relationnel de pouvoir, d’appropriation que l’on appelle souvent la domination masculine. Mais elles sont aussi plus que cela car c’est le fondement de notre organisation sociale et culturelle, donc politique et économique.
Il faudrait que nous réfléchissions à notre féminité et son identité, et aux renoncements qu’imposent toute émancipation pour aspirer à un changement qui ne devrait pas nous faire peur car nous avons tout à y gagner.

Pour aller plus loin, quelques lectures recommandées :

BOUCHARD Perrette, BOUCHARD Natasha, BOILY Isabelle, 2006, La sexualisation précoce des filles, Sisyphe, Paris.
CHOLLET Mona, 2012, Beauté fatale, les nouveaux visage d’une aliénation féminine, La Découverte, Paris.
MATHIEU Nicole-Claude, réunis par, 1985, l’arraisonnement des femmes, essais en anthropologie des sexes, Editions EHESS, Paris
PATEMAN Carole, 2010, Le contrat sexuel, La Découverte, Paris.
RENOTON-LEPINE Claude, 2012, La construction identitaire des adolescentes face au genre, l’Harmattan, Paris.
TABET Paola, 1998, La construction sociale de l’inégalité des sexes, Paris, l’Harmattan.