Ecrivaine, pompière, ce n’est pas beau !

L’argument esthétique:
« écrivaine, pompière, ce n’est pas beau ! ».
Le fait de systématiser l’usage du féminin est d’abord une
question d’habitude.
Ce n’est pas une question d’esthétique, car aucun mot n’est
beau ou laid en soi.
Les arguments contre ces usages sont souvent irrationnels.
L’ouvrage La Grammaire en folie de Brigitte BLOCH nous remémore
ainsi un énoncé de Bertrand POIROT-DELPECH, académicien,
invité de Bernard PIVOT dans l’émission « Bouillon de
culture » : « C’est le vaine d’écrivaine qui me gêne », feignant ne
pas entendre que le mot « écrivain » contient l’adjectif « vain ».
Les noms de métiers au féminin « dérangent » car ils traduisent
le fait que des terrains conçus comme propres aux hommes
sont investis par des femmes.

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Le féminin serait-il encombrant ?

Pour une langue sans stéréotype de sexe – suite

L’argument de la lisibilité : « Cela encombre le texte ».
Au contraire, l’usage du féminin clarifie un texte puisqu’il
permet de comprendre qu’on y évoque aussi des femmes ;
cela évite au contraire d’avoir à le préciser de manière explicite.
D’autre part, la réintroduction des termes féminins raccourcit
les énoncés : « femme auteur », « femme ingénieur »,
«femme poète » sont des périphrases qui prennent plus de
place qu’« autrice », « ingénieure », « poétesse »… Enfin, les
femmes « n’encombrent » pas un texte.

En français, le neutre n’existe pas !

L’argument du masculin générique : « Le masculin est
aussi le marqueur du neutre. Il représente les femmes et
les hommes ».
En français, le neutre n’existe pas : un mot est soit masculin,
soit féminin.
Et d’ailleurs, l’usage du masculin n’est pas perçu de manière
neutre en dépit du fait que ce soit son intention, car il active
moins de représentations de femmes auprès des personnes
interpellées qu’un générique épicène. C’est tellement courant
que nous en avons à peine conscience. Cette problématique
pourrait être mise en parallèle avec l’histoire du suffrage universel.
Le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage n’a
été universel jusqu’en 1944.

http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/guide_pour_une_communication_publique_sans_stereotype_de_sexe_vf_2016_11_02.compressed.pdf

Le féminin n’est pas un accessoire de la langue

Notre langue est notre héritage et elle est aussi celui de nos enfants. C’est une langue vivante qui nous devons leur transmettre, adaptée aux interactions sociales et aux rapports de pouvoir en train de s’inventer.

Dans un pays où l’égalité entre les femmes et les hommes est inscrite dans la Constitution, la langue ne peut rester un domaine où serait encore admise et revendiquée l’expression de la prétendue supériorité d’un sexe sur un autre, dissimulé sous appellation du genre. Ne pas pouvoir nommer le féminin, ou le faire disparaître dans un genre prétendument indifférencié, c’est organiser l’invisibilité donc l’absence des femmes dans la société.

Au fil des jours je vais vous proposer un argumentaire à opposer à ceux qui prétendrait que cette question du genre dans notre langue est secondaire.

Largement inspiré du « guide pour une communication publique sans stéréotype de sexe »

http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/guide_pour_une_communication_publique_sans_stereotype_de_sexe_vf_2016_11_02.compressed.pdf

1 – L’argument d’utilité : « c’est une question accessoire ».
La langue reflète la société et sa façon de penser le monde. Ainsi,
une langue qui rend les femmes invisibles est la marque d’une
société où elles jouent un rôle second. C’est bien parce que le
langage est politique que la langue française a été infléchie
délibérément vers le masculin durant plusieurs siècles par les
groupes qui s’opposaient à l’égalité des sexes.

10 RECOMMANDATIONS pour une communication publique sans stéréotype de sexe

  1. Éliminer toutes expressions sexistes
  2. Accorder les noms de métiers, titres, grades et fonctions
  3. User du féminin et du masculin dans les messages adressés à tous et toutes
  4. Utiliser l’ordre alphabétique lors d’une énumération
  5. Présenter intégralement l’identité des femmes et des hommes
  6. Ne pas réserver aux femmes les questions sur la vie personnelle
  7. Parler « des femmes » plutôt que de « la femme », de la « journée internationale des droits des femmes » plutôt que de la « journée de la femme » et des « droits humains » plutôt que des « droits de l’homme »
  8. Diversifier les représentations des femmes et des hommes
  9. Veiller à équilibrer le nombre de femmes et d’hommes
  10. Former les professionnel.le.s et diffuser ce guide

Extrait du site entre les lignes, entre les mots :

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2016/11/22/pour-une-communication-publique-sans-stereotype-de-sexe/

Site sur lequel je vous propose de télécharger un petit manuel de communication sans stéréotype de sexe…

https://entreleslignesentrelesmots.files.wordpress.com/2016/11/guide_pour_une_communication_publique_sans_stereotype_de_sexe_vf_2016_11_02-compressed.pdf

Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin !

Point de hasard mais une nécessité si le masculin l’emporte sur le féminin ! Malherbe, Vaugelas, Beauzée, Bescherelle et autres confrères, affirmaient ouvertement la plus grande noblesse du genre masculin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. Et ils se sont battus pour que notre langue reflète cette domination du masculin.

Le sexisme de notre belle langue française n’est donc pas un hasard, mais bien le résultat d’une lutte âpre où les femmes, secondées par les usages populaires, et quelques hommes, se sont longtemps battus et ont résisté puis perdu… provisoirement ?!

Ainsi, la domination masculine s’est ancrée dans la langue, notre moyen d’expression, notre outil de pensée. Mais si la langue française reste bien une langue vivante, nous pouvons la faire revenir vers un système de règles plus égalitaire, respectant l’identité des personnes. Ainsi, Car, si les femmes sont enfin gagnantes, je la serais aussi.

Unis, les hommes et les femmes seront vainqueresses du sexisme. Et le ridicule attaché à ces féminins, d’adjectifs et surtout de fonctions, telle la mairesse ou la capitainesse, se dissiperont. A moins que l’usage accepte de nouvelles expressions féminines. Le ridicule n’est-il pas celui d’une langue qui prétend accorder ses mots en genre et en nombre et accepte des expressions comme « Madame le juge »… alors qu’il semble tout à fait normal de s’adresser à l’institutrice ou la boulangère sans tous ces chichis machistes ! Derrière ce « ridicule », c’est bien une question de pouvoir et de prestige qui se dissimule, et se faisant, l’interdit aux femmes d’accéder à ses fonctions ou de se penser ces qualités.

Je vous invite donc tout-e-s à lire et relire l’ouvrage d’Eliane Viennot, sa petite histoire des résistance de la langue française, en commençant, comme elle nous y invite, par appliquer la règle de proximité, de voisinage ou de contiguité qui accorde en genre et en nombre, l’adjectif, le participe passé, avec le nom qui les précède ou les suit immédiatement.

Mon orgueil et ma fierté sera grande, demeurante en France et aimante sa culture, de voir ses règles d’accord retrouvées. La masculinisation de notre langue n’est pas si ancienne et c’est l’usage qui finalement commande la règle en la faisant évoluer. Il n’est qu’à relire nos grands classiques pour s’apercevoir que la langue du dix neuvième siècle n’est plus celle du vingtième et que celle de vingt et unième est encore en devenir…

« pour l’enfant vers l’homme »

Parente d’élève, adhérente d’une association de parents d’élèves, en ces temps de pré-rentrée, je reçois le magazine de notre fédération « La revue des parents » avec en sous-titre « pour l’enfant vers l’homme »[1]

Double choc pour la diplômée en Sciences de l’Education ayant travaillé sur les rapports de sociaux de sexes. Je dois avouer à ma grande honte, que ce n’est pas moi qui ait remarqué ce sous titre depuis longtemps à la une de cette revue ! Merci à mon cher époux… qui lui même, a été long à la détente !

  • Si on accepte le mot « homme » avec un grand « H » (bien que ce soit écrit avec un petit « h ») on doit donc comprendre que nos enfants ne sont pas encore des êtres humains !! Merci pour eux. Il me semblait que mon dernier fils, tout comme ses frères, étaient pourtant humains, depuis leur sortie de mon ventre de femme ? et même avant…
  • Ce qui m’emmène à la seconde acceptation du mot homme, mâle du genre humain, adulte, n’en représentant donc que la moitié ! Si nous voulons faire de nos enfants des hommes, ce qui entraîne plusieurs hypothèses :

Soit nous ne nous intéressons qu’à des enfants mâles,

Et nous excluons les filles de l ‘institution scolaire, et de l’éducation… cela serait un mouvement contre révolutionnaire et ce ne serait malheureusement pas la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’on refuse l’éducation aux femmes.

Soit nous voulons faire aussi de nos enfants femelles des hommes, au sens physique du terme car biologiquement, cela reste impossible… pour le moment ?! C’est une prétention révolutionnaire qui nécessite un recours à une chirurgie délicate adossée à un programme sanitaire d’ampleur. Mais je ne pense pas que ce soit le dessein de la FCPE et de ses parent-e-s adhérent-e-s.

Soit nous prétendons renverser les rapports sociaux de sexes. Alors, oui, faisons de nos filles des « hommes ». Donnons leur les mêmes chances que les garçons grâce à une éducation indifférenciée qui annulent les différences et leurs hiérarchies. Renonçons pour commencer à l’orthographe discriminante, la grammaire sexiste qui nous désigne homme ou femme, féminin ou masculin pour mieux ancrer nos identités de sexes et nous orientées vers des destins différenciés. Ce serait une grande révolution sociale. C’est l’objet du combat féministe. C’est ce que souhaitait exprimer la FCPE, j’ose l’espérer ! Elle s’est emmêlée dans l’usage des mots.

Derrière cette confusion, il y a tout le combat autour de la langue et de l’usage des genres, de la féminisation des fonctions. Car nous voyons bien que si nous n’avons aucune difficulté à désigner une boulangère, une coiffeuse ou une institutrice, nous répugnons à mettre un « e » à professeur, et je ne parle pas de l’autrice ou de la sculptrice qui pourrait être au moins la céramiste, désignant une femme[2] ! Quand on parle à des filles, dans une culture marquée par une forte différence entre les sexes, en éliminant le féminin, comment peuvent elles se sentir concernées par ces métiers ? Comment peuvent elles croire devenir un jour ministre, sculpteur ou agent de maintenance ? Que la peintresse est affublée de ridicule, tout comme la maçonne, et que la lieutenante est interdite dans le langage ! Quant à la médecine, elle a disparu de notre langue en tant que féminin de médecin…

Les féministes ont inventé une notation permettant de s’adresser à tout-e-s. On aimerait qu’elles/ils, nos enfants, soient créatif-ve-s, débrouillard-e-s, et persévérant-e-s[3]. Certain-e-s « puristes » prétendent que ces expressions et ces notations sont trop longues ou trop lourdes et enlaidissent la langue ! L’on comprend qui la beauté du langage sacrifie ! D’autres, comptant les signes qu’ils/elles devront rémunérer, refusent cette notation. Profit oblige !

Oui, la langue française est un outil fort et violent de la domination masculine. Non, le neutre n’existe pas en français. Et non, la femme n’est pas un homme. L’utilisation du mot « homme » est donc exclusive des femmes.

Nous sommes tous des êtres humains. Même si se désigner en tant qu’ « humain » pour éviter l’appellation « homme » sujette à confusion, est considéré comme une faute d’orthographe[4] puisque « humain » désigne ce qui est propre à l’être humain ; c’est donc une terminologie controversée… Mais nous ne devons pas nous empêcher de l’utiliser si nous partons du principe que la langue française est vivante et continue d’évoluer. Ceux qui ont fixé ces règles grammaticales et orthographiques, fort récemment au regard de l’histoire, sont d’affreux sexistes qui ne se cachaient pas d’éradiquer les femmes du maniement de la langue et de toutes fonctions autres que celles auxquelles leur nature dit féminine et inférieure les destine[5] ! A nous de renverser cette domination et de faire évoluer notre langue et ses pratiques dans un sens plus juste et égalitaire. C’est un combat majeur puisque le langage est ce qui nous permet de nous exprimer et avant tout de nous identifier et de nous penser comme… humain-e-s au sein d’une société qui nous prendra pour des êtres à part entière.

[1] Revue mensuelle diffuser par la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves

[2] La Revue des Parents, n°413 septembre 2017, page 21

[3] ibidem

[4] Témoignage personnel, vu corrigé comme tel dans une copie de Philosophie.

[5] Eliane Viennot, non le masculin de l’emporte pas sur le féminin ! petite histoire des résistances de la langue française, Editions Ixe 2014, 77520 Donmarie-Dontilly