Cancer du sein

Il y a maintenant cinq ans, en caressant ses seins, l’ami de Malou a senti deux petites boules dans son sein droit. Malou ne s’est pas inquiétée « J’ai des seins à kystes, m’a dit ma gynéco ».

Mais Malou n’a pas une vie affective très stable, mais une vie familiale conflictuelle, un boulot éprouvant, ce qui ne favorise pas confiance en soi et ni la foi en ses idées quand la fatigue et la dépression la submerge. Après une saison d’été éprouvante du fait d’une activité épuisante, elle est au fond du lit et tente de récupérer. La remarque de son ami, celle de la gynéco, lui trotte dans la tête. Et elle sent toujours ces deux petites boules.

Alors, elle retourne consulter et l’engrenage d’une mécanique bien huilée l’attrape pour ne plus la lâcher.

Elle a perdu les radio qu’elle a faites il y a quelques années, la gynéco qui la suivait à pris sa retraite mais qu’à cela ne tienne, elle va à l’hôpital et on refait les examens. Verdict : c’est un cancer, il faut opérer. Et comme elle a de petits seins, on lui laisse entendre qu’on devra procéder à son ablation. C’est logique ?

Elle se fait donc opérer. Pas de détail ! Les procédures de soins sont calibrées à la main des chirurgiens, en l’occurrence une chirurgienne, qui opère et du temps d’intervention. Ablation du sein et des ganglions, par mesure de précaution. Il s’avérera, après analyses, que ces ganglions n’étaient pas atteints.

Ce n’est pas grave. Malou n’en conservera qu’une cicatrice raide et douloureuse qui bride l’extension de son bras quand elle oublie d’appliquer une crème et de la masser chaque matin.

Après l’opération, elle échappe à la chimio mais non à la radiothérapie. Ce qui écarte la possibilité d’une reconstruction immédiate. Il lui faudra trois ans pour retrouver une peau normale.

Sa chirurgienne la rassure et la console : « l’institution vous doit un sein. » Après lui avoir enlever, par la magie de la médecine occidentale, on va lui en reconstruire un. Parce qu’une femme c’est avec deux seins et qu’on prétend lui rendre son intégrité.

Je l’ai vu et admirée pourtant, Malou, toujours aussi belle avec ses cicatrices et sa cinquantaine légère. Elle arbore son corps d’amazone avec fierté et humour et cela ne l’empêche pas, après une rupture orageuse et violente, de retrouver un nouvel ami.

Mais la croyance est plantée au fond de nous, femmes comme hommes, d’une normalité des corps, d’un canon. Difficile de tenir face à la norme contraignante qui impose la conformité aux modèles culturels. Tout écart, toute différence, est perçu comme manque, à moins que ce soit une subversion, dangereux car révélant qu’un autre ordre est possible et notamment celui des corps, celui des sexes…

Il y a cette idée de réparation que la médecine propose à Malou. On lui a pris son sein, mais on va lui en rendre un. On va la réparer. On va effacer la mutilation, les cicatrices de la vie, ses accidents, sa souffrance. On va faire comme si rien n’était advenu. Comme si elle n’avait pas été malade et mutilée.

Ce faisant, on rend le deuil impossible, l’acceptation de la maladie, le travail du temps : on repousse la mort. Surtout pas de renoncement ou tout simplement de lâcher prise. L’humanité toute puissante triomphe de la réalité de la maladie et de ses propres fourvoiements.

C’est un jeu prométhéen dont Malou à conscience. Elle hésite et tergiverse. Mais elle a aussi cette revanche à prendre sur la vie. Ce cancer, c’était une douleur de plus, de trop. Après tout, elle y a droit à ce sein ! Pour une fois qu’on lui rend quelque chose qu’elle a perdu ! Elle va retrouver un corps intègre, complet. Elle va redevenir une vraie femme, elle qui aux yeux de la société n’en a jamais été vraiment une, célibataire, sans enfants, effectuant des boulots d’hommes dans un monde taillé pour et par eux.

Alors elle engage la procédure, et au risque d’importuner ses médecins : quelle technique choisir ? Celle de l’expender et de la prothèse artificielle ou celle de l’auto greffe ? Elle va et vient, questionne, part, revient, réfléchit parfois en boucle obsessionnelle. Elle vit seule, il n’y a personne à ses côtés pour l’interpeler. C’est à l’image d’elle-même…

Je suis effrayée ; Cette nouvelle mutilation qu’elle envisage me semble une violence supplémentaire. C’est un corps de femme, celui de Malou très chère, que l’on va charcuter. Elle semble résolue. De loin, je me renseigne pour elle : internet et témoignages. Sa mère aussi. Surtout ne pas lui dire que c’est une folie, qu’elle peut renoncer. Elle prend cela comme une défection, un manque (encore !) de solidarité. Elle a droit à cette féminité qu’on va lui rendre, cette identité qui si fige sur son corps, une réparation. Peut-être que sa conviction est si faible que toute critique la fait vaciller ? Elle a ses médecins pour lui répondre et l’encourager. Jamais pour lui dire toute la réalité de ce qu’elle s’apprête à vivre. C’est sa chair, non la leur ; c’est une réalité qu’elle n’a pas encore éprouvée et dont il est difficile de mesurer toutes les conséquences.

L’inconvénient de la prothèse c’est que : il faut revenir plusieurs fois sur le champs opératoire pour la gonfler à la taille souhaitée. Ça donne un sein rond comme un ballon, fort différent de son beau petit sein gauche qui naturellement s’incurve en poire, vers le bas. C’est très douloureux, puisqu’il faut distendre la peau sous laquelle la prothèse est insérée. Enfin, au bout de dix ans environ, il faut la changer car elle peut se mettre à fuir ! Quand on est une travailleuse pauvre, à l’âge qu’elle a, elle sait que sa situation ne se sera pas miraculeusement améliorée et les attaques des hommes en d’une femme politique en campagne présidentielle sèment le doute quant à la pérennité de notre système de soins et la possibilité de se faire réopérer…

Alors, elle fait l’autre choix. Ablation d’un lambeau de chair dans le dos, greffe sur la poitrine. Ça semble plus naturel, comme technique…

Lambeau, malgré la violence du mot, reste un euphémisme. En fait, c’est une bande de muscle, car il faut que la chair prélevée soit suffisamment vascularisée pour se greffer. Mais la voilà maintenant avec un sein parfait… et deux cicatrices. Son chirurgien est très fier de son travail. Elle, elle se regarde aujourd’hui dans le miroir ; c’est normal, c’est une femme ! Son nouveau sein est vraiment plus ferme que le vrai, celui d’origine qui sous son regard impitoyable semble s’écrouler par comparaison. Bon, avec le temps, il va peut être retomber un peu, ce petit nouveau ? Et puis là, sous le bras, il est trop gros, trop de chair et du coup, ça la gène et elle ne peut coller son bras contre son flanc. Enfin, en dessous, il faut reprendre la cicatrice, parce que ça fait un pli trop profond. Mais, pas grave puisque dans quelques mois, elle repasse sur le billard : cette fois-ci, pour lui greffer un téton avec un autre petit bout de chair, je ne sais plus d’où on lui prélève. Et tout ne sera pas tout, puisque il faudra procéder au tatouage pour donner la coloration requise au dit téton et à son aréole.

Bon, je ne l’ai pas encore dit, mais Malou tient un petit resto l’été. C’est elle qui est à la fois au ravitaillement et manutentionne les paniers de légumes et de viandes, les caisses de boissons, assure parfois le service, mais aussi au ménage et en cuisine. Alors elle a dit stop, momentanément. Après sa convalescence, elle doit commencer sa saison : grand ménage, rafraichissement de la salle et de la cuisine, enduits et peintures, renouvellement du matériel… En fait, elle ne sait pas trop si elle va pouvoir ouvrir, cette année : elle a une longue cicatrice dans le dos, le muscle amputé, qui reste douloureuse, un sein qui la gène et puis, elle a subi les aléas d’une opération dont tout les risques ne sont pas prévisibles : elle a fait une grave hémorragie. Deux poches de sang, une poche de plasma pour la récupérer. Nous avons bien faillit la perdre. Aujourd’hui, elle en paye les frais, oscillant entre épuisement, tristesse et euphorie.

Mais est-ce qu’il ne faut pas cela pour rester une femme ?

Douloureusement, Malou se reconstruit, ce qui implique forcément un bilan de sa vie. Et n’allons pas croire que ce soit forcément positif ! Ni que cela apporte du sens à la vie ! Et encore moins d’acceptation quand on est une insoumise. Trop de questions tournent en boucles, regrets, chagrins, quelques bonheurs et toujours son humour ravageur. Des pans entiers de sa vie resurgissent, images remontant à la surface de la conscience, qu’elle examine à la loupe, accidents, traumatismes, conflits qu’elle avait cru acceptés mais qui se ravivent.

Pour moi, qui regarde cela de loin et ne suis pas concernée dans ma chair mais dans la vivacité de mon lien affectueux avec Malou, je constate que c’est le corps d’une femme que j’aime qui souffre pour retrouver une complétude fantasmée. Mais cette prétendue complétude n’est-elle pas une illusion ? Et son esprit, son âme, sa psyché, qui s’en est soucié, à un moment, dans cette histoire ? On a procédé à une reconstruction, une réparation, comme si Malou était une chose malléable, un véhicule utilitaire sans mémoire, une maison qui abriterait son esprit parfaitement distinct. Dans notre société occidentale, nous avons tendance ainsi à séparer corps et esprit en deux parties, et l’on a oublié de prendre l’un en compte ; on l’a découpée en morceaux, littéralement.

 

du travail des femmes et de leur rémunération

Une accusation infamante court ces derniers jours contre l’un de nos éminents hommes politiques, en campagne présidentielle : l’accusation d’emploi fictif, au bénéfice de son épouse.

Emploi fictif ? Vraiment ?

Si l’on examine les faits, dans la mesure de ce que le grand public en connaît au travers de ce que nous en disent les médias, l’accusation est bien exagérée !

Car travail, il y a bien !

Qu’a fait cette femme sinon rendre la plupart des services que la plupart des épouses rendent à leurs époux : l’écouter, le conseiller, parfois le représenter, assurer sa logistique domestique, élever ses enfants, recevoir ses amis, ses collaborateurs, servir sa carrière, de jour comme de nuit sans jamais compter ses heures… dans l’ombre et le déni de tous puisque d’aucuns prétendent ne l’avoir jamais vu travailler ! Tout cela n’a rien de fictif pourtant et il est fort à parier que sans une épouse aussi dévouée, son époux n’aurait pas fait cette carrière politique ! Nous devons donc nous réjouir qu’un homme, enfin, reconnaisse le mérite de son épouse et la rémunère à un niveau de salaire qui prend en compte la qualité de ses diplômes, de ses compétences, l’astreinte quotidienne et la complexité de la tâche qu’elle a remplie pour lui, à ses côtés.

Je regrette un peu que nous n’entendions pas cette femme défendre mieux son travail ! Il y a plus que de la noblesse et du dévouement, mais une exemplarité qui devrait servir de modèle à tous nos hommes politiques et particulièrement à son époux. A quand le passage du mode expérimental à l’extension générale ? Car c’est bien toutes les femmes qui méritent la rémunération de cette dame et je suis étonnée qu’il n’ait pas pensé à proposer cette mesure dans son programme politique !

Le Salaire Féminin, c’est mieux que le Revenu Universel et cela s’accorde si bien avec la pensée de sa famille politique : en versant un salaire aux femmes, plus besoin pour elles de travailler sur le marché du travail : elles rentrent à la maison, grâce à un revenu honnête et élevé, elles contribuent à l’entretien du foyer. Cela résout le problème du chômage et plus besoin de ses petits emplois précaires d’A.V.S, puisque s’occupant déjà des enfants, elles pourront aussi s’occuper des vieux et des handicapés de leur famille. De plus, touchant une rémunération élevée, si la charge de travail est excessive, elles pourront embaucher facilement une aide, une jeune fille en apprentissage de son métier d’épouse par exemple !

Grâce au Salaire Féminin, les femmes retrouvent leur destination naturelle au sein du foyer, les hommes peuvent travailler, dégagés des soucis domestiques, dans la sphère publique qui leur est naturellement dédiée. Les problèmes d’identités qui rongent ces messieurs disparaissent en même temps qu’ils retrouvent leur autorité paternelle et patriarcale ; l’ordre familial est retrouvé. En étant à la maison, Les femmes se déplaceront moins en automobiles et émettrons moins de CO2 et de particules fines ; elles pourront cultiver leurs jardins, se remettre à la couture donc là aussi, moins de transports pour l’acheminement de nos aliments ou de nos vêtements et autres menus objets : ainsi, nous respectons nos engagements de la COP 22 en plus d’aider à rétablir notre balance commerciale ! Et la santé sera elle aussi améliorée, puisqu’elles pourront mijoter de bons petits plats et n’auront plus recours à l’alimentation industrielle bourrée de sucres, de gras, de nano particules, d’OGM, d’huile de palme…

Un monde dont certains rêvent !

Le soin de beauté

Mesdames !

Vous souffrez d’un coup de cafard à l’idée du repas de fêtes qu’il va falloir préparer pour recevoir quinze personnes, d’une petite dépression parce que votre conjoint sera bien trop occupé pour vous aider et de toutes façons, il n’y connaît rien en cuisine. A moins que ce soit d’une grave maladie, d’un trou dans le budget, de la solitude au long court, des enfants qu’il faut élever seule, du chômage, d’un divorce ? On vient de vous expulser ? Votre compagnon vous a frappé ? Votre banque a bloqué votre compte ? J’en oubli sans doute…

Pour tous ces petits ennuis de la vie, nous avons la panacée :

Le soin de beauté !

Parce que, malgré toutes ces petites misères, vous le valez le bien !

Quel meilleur cadeau peut rêver une femme ? Par la grâce d’un soin, accéder à la beauté ! Nous en rêvons toutes ! Imaginez : c’est une autre femme qui est à votre service et non plus vous au service de quelqu’un ! Votre peau lissée par un massage doux du visage, après un masque frais au concombre et un soin exfoliant ! Votre cheveux soigneusement lavé et votre cuir chevelu lui aussi massé. Une petite couleur, une petite coupe, un bon brushing, un maquillage choisi avec discernement pour s’accorder avec votre teint, les rides gommées par une crème hors de prix ! Vous voilà rajeunie de dix ans… et devenue une autre personne ! Une battante, une gagneuse, triomphante de sa beauté glorifiée… vous vous regardez dans la glace. On vous dit que vous êtes belle. Vous aimez à le croire car pour une femme, n’est pas cela l’essentiel ?

Dehors, il fait gris et froid. On n’a pas pensé à changer votre veste, un peu trop usée qui ne tient plus assez chaud, ni vos chaussures dont vous avez déjà recollé deux fois la semelle pour les faire tenir… pour cela, il y a les restos du cœur ou la Croix Rouge… Mais vous vous êtes fait plaisir. En cette matière, mieux vaut compter sur soi que sur les autres ! Sous le fond de teint, ce n’est pas seulement les rides que l’on a camouflées, mais toutes les petites et grandes misères de votre vie. Vous vous êtes offerte le cadeau rêvé de toutes les femmes : un soin de beauté ! Et ne commencez pas à faire la difficile parce que, en fait, vous rêviez d’une nouvelle paire de chaussures, bien chaude, ou d’un VTT flambant neuf ! Que  vous auriez aimé qu’on vous garde les enfants pour vous offrir une séance de cinéma. ou un repas entre copines. Que votre truc, c’est les livres et que vous n’en avez rien à faire de votre coupe de cheveux. Ces pensées là sont le signe qu’une profonde dépression ! Alors soignez vous, donc justement, le soin de beauté !

Pour une femme, être féminine, bien mise, coiffée, maquillée, épilée, n’est-ce pas essentiel ! Le regard de l’autre, un homme de préférence, doit pouvoir vous confirmer par son appréciation, que vous êtes une femme, désirable, jeune, belle. C’est à l’aune de ce jugement que vous retrouverez votre valeur et l’estime de vous-même. Tout ce que vous aurez réalisé hors de ce champ ne vaut rien, ou si peu, et si vous avez passez l’âge, un bon lifting fera l’affaire…

Ne soyons pas trop ambitieuses dans nos cadeaux et nos rêves, même si au fond de nous-même, ce que nous désirons toutes et tous, n’est-ce pas un monde meilleur, plus juste et plus égalitaire où les femmes rêveraient d’autre chose qu’un soin de beauté ?

Une radio à écouter

Qui sont « Lilith, Martine et les autres »?

Lilith, c’est la femme diaboliquement mythique; Martine, la petite fille parfaite des livres pour enfants. Et « les autres »… ben c’est nous!! Notre collectif crée des émissions en direct, depuis 2008, un vendredi sur deux en alternance avec « On est pas des cadeaux » à Lyon, dans les studios de Radio Canut 102.2 FM.

https://blogs.radiocanut.org/lilithmartineetlesautres/author/lilithmartineetlesautres/

et plus particulièrement  :

https://blogs.radiocanut.org/lilithmartineetlesautres/2016/11/13/le-clitoris-ca-te-dit-quelque-chose/

Des adolescentes aux prises avec le genre

Et oui ! mieux vaut tard que jamais…

J’ai enfin réussi à faire publier la seconde partie de ma thèse :

Cinq femmes racontent comment elles ont vécues les changements de l’adolescence. Ces récits, recueillis parmi d’autres dans le cadre d’une recherche doctorale, observent les processus de construction identitaire d’adolescentes aux prises avec le genre, la diversité des interprétations que ces femmes en ont données et les stratégies qu’elles ont trouvées pour devenir elles-mêmes, singulièrement.

Prises dans le genre, parfois avec violence, chacune fait des choix, oscillant en permanence entre la souffrance nécessaire au processus identitaire de séparation, de différenciation et d’individuation, et le bonheur de retrouver un sentiment de complétude et d’intégrité.

L’analyse de leurs récits croise les corpus théoriques, sociologiques et psychanalytiques. Elle permet de découvrir les stratégies de défense et de préservation de soi, de conquête de leurs positions de sujet, d’intégration au sein de leur société. Comment ces femmes répondent aux attentes et aux désirs des autres, de ceux qu’elles aiment ou qui leur manquent, des hommes et des femmes familières à qui elles sont attachées, dont elles dépendent, dans une structure où la domination masculine s’impose à elles sous forme de figures incarnées aux prises avec le système de genre ? C’est ce que nous tentons de découvrir.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51663

Pour le commander ou mieux, chez Votre libraire de quartier…

 

Pantalons, voiles, burkini, la suite…

Pour répondre (un peu tard) à votre commentaire qui chatouilla mon entendement.

En préambule, cet article sur le burkini, fut écrit sous le coup de la colère : encore une interdiction que l’on tentait de faire à des femmes, sous peine d’exclusion ! Court et incisif, il appelait à la réflexion mais n’était point construit selon les prérequis et la distance d’un article plus réfléchi et travaillé. (Celui-ci non plus, d’ailleurs ! Ce n’est pas vraiment le but de ce blog.)

Je tiens donc à rectifier l’impression que j’ai pu donner selon laquelle il y aurait le présupposé que le vêtement que l’on porte n’a pas de signification !

Evidemment que tout vêtement a une fonction plus complexe que celle très simple, de nous protéger des intempéries : il nous protège aussi et principalement du regard des autres ! Il participe de notre personnalité, du masque que nous enfilons pour nous montrer aux autres et ne pas leur apparaître nues et vulnérables et en cela, il nous aide à lui envoyer un message, le plus souvent trompeur, en tout cas derrière lequel nous nous dissimulons et nous essayons de paraître plus ou mieux que ce que nous sommes.

Quand je mets ce tailleur trois pièces, je joue à la femme d’affaire, quand je porte ma petite robe noire chaussée de fines ballerines, je vise l’élégance sobre et classique, quand j’enfile un soutien gorge pigeonnant sous une robe de dentelles moulantes et que je me juche sur des talons de vingt centimètres, je m’adresse à ces messieurs-dames, et « si je me fais violer à minuit, en sortant de boîte », je l’aurais cherché, penserons certains…

Lorsque je porte un voile ou un burkini, je dis évidemment des choses de mon identité, de ma religion de mon appartenance culturelle mais ce quelque chose ne peut être réduit à moi car quelque soit le vêtement que j’enfile, je suis bien plus que cela.

Enfin s’il y a sens ou signification, message, je ne m’adresse pas qu’à moi-même mais bien aux autres en leur signifiant quelque chose de ce que je voudrais paraître à défaut de l’être. Les humains sont avant tout des individus sociaux et le sens que je donne à mon pantalon, ma petite robe ou mon burkini n’est pas seulement celui là, il est aussi celui que l’autre recevra et lui donnera, l’interprétation qu’il en fera, qui peut être plus au moins proche de ce que j’aurais voulu signifier et plus au moins multiple, car je m’adresse autant à la société dans son ensemble qu’à ma communauté culturelle ou plus étroitement familiale… et parfois j’oublie que le signale que j’envoie n’est pas reçu que par son seul destinataire mais par une multitude, ce qui engendre autant de malentendu !

Alors oui, en ces temps où l’Islam est devenu un sujet politique brûlant, voile et burkini sont des signaux qui peuvent être sur-interprétés comme des provocations… d’ailleurs, être musulman en France, aujourd’hui, cela ne devient-il pas une provocation ? Doit-on se condamner à l’invisibilité ? Ou changer de personnalité et de religion ? Est-cela que l’on demande aux musulmans aujourd’hui ? Sont-ce les musulmans qui ne s’intègrent pas à notre société ou bien notre société qui ne parvient pas à les intégrer dans son tout ? En quoi les musulmans, sont-ils si différents, autres, que les « simples » français, les vrais, ceux de souche, ou pas… car quelle famille française n’a pas une ascendance dite étrangère? Russes, espagnols, italiens, portugais, juifs… dont on oublie qu’il s’agit d’une religion et non d’une nationalité… comme les musulmans !

Je fais comme s’il n’y avait pas eu d’actes terroristes menés par des individus massacrant au nom d’Allah. Mais avant d’être musulmans, la caractéristique de la plupart de ces fous de dieu n’était-elle pas d’être français ? Ces actes ne disent-ils pas plutôt quelque chose de l’état de notre société aujourd’hui et non simplement des musulmans ? N’est-ce pas cela qu’il faudrait interroger ?

Nos valeurs fondatrices sont manifestement mises à l’épreuve : liberté, égalité, fraternité, en l’occurrence, il s’agit plutôt de sororité, et leur appendice, la laïcité qui n’interdit pas, contrairement à une mauvaise interprétation, l’expression de toute religiosité dans l’espace public, mais au contraire en garantit la libre expression. A penser que le voile ou le burkini soient des signes religieux, ce qui se discute très doctement. En tout cas, je constate que l’on est plus libre de porter certains vêtements, qui ont une signification comme tous vêtements, que d’autres : qu’on supporte l’arrogance de la grande bourgeoise en tailleur Chanel, sac Louis Vuitton et foulard Hermès (c’est vrai que l’on en croise peu au coin de la rue !), mais que la petite musulmane en burkini doit quitter la plage. Dans le même temps, on fait l’apologie de la haute couture française, principale industrie exportatrice, en oubliant sur quel système radicalement inégalitaire elle repose, en total contradiction avec nos valeurs affichées. Une telle schizophrénie à de quoi perturber les esprits les plus solides !

Que nous dit-elle, cette musulmane : quelle tente de respecter sa religion et la « pudeur » imposée, tout en profitant des plaisirs de la plage ! Qu’elle n’a pas peur d’afficher son appartenance religieuse ou culturelle ? Je pense surtout qu’elle a cédé bêtement à une mode coûteuse et voyante alors qu’elle aurait put enfiler un tee-shirt à manches longues et une paire leggings ; il n’y aurait pas eu de connotation dite « ethnique » ! Et tout ce tralala médiatique… quand à l’inventrice de cette tenue, en ce monde capitaliste qui élève le Profit comme sa valeur suprême, elle se frotte les mains en encaissant les recettes qu’elle doit à une publicité inattendue et tapageuse.

Pantalons, voiles, Burkini…

Il y a quelques mois, l’assemblée nationale a abrogé la loi du 26 brumaire de l’an IX interdisant le port du pantalon aux femmes.

La loi du 15 mai 2004 interdit les signes religieux à l’école ; mais ce qui était visé et faisait débat était le port du voile par les jeunes filles.

Le 11 avril 2011, la loi du 20 octobre 2010 interdisant le port du voile intégrale entrait en vigueur.

En juillet 2012, c’était une députée française qui créait une polémique en se présentant à l’Assemblée nationale vêtue d’une robe.

Aujourd’hui on discute ardemment du port du burkini par les femmes sur les plages ; les hommes politiques sont à la pointe du débat.

On le comprend, le vêtement féminin est un objet éminemment politique. A chaque fois, ce sont des hommes, quasi essentiellement, qui débattent à plus fin sur ce qui couvre les corps des femmes.

Et prétendre que c’est au nom de notre émancipation que l’on veut nous interdire le port de certains vêtements est une grosse plaisanterie ! Car derrière le ridicule de ce débat, c’est non seulement une nauséabonde campagne contre une partie du peuple français qui est orchestrée, mais aussi l’éclatant témoignage que les femmes restent les otages des hommes, manipulées, utilisées, appropriées, objets de leurs manœuvres politiques les plus viles.